
Croissance, rendement et décotes, il est possible de distinguer les stratégies de placement selon ces trois méthodes. Ces filtres sont d’ailleurs fréquemment utilisés lors de la mise à jour des sélections quantitatives (top listes) sur les plateformes boursières. Ces dernières offrent ainsi aux investisseurs diverses opportunités en accord avec leur tempérament et leur style.
Surveiller la croissance des entreprises
Cette méthode consiste à identifier les entreprises cotées affichant les meilleures croissances. Elle fait intervenir plusieurs subtilités d’analyse. Il faut entre autres s’assurer que les évolutions du chiffre d’affaires (top line) et du profit net (bottom line) soient proportionnellement comparables.
En d’autres termes, les charges d’exploitation supplémentaires, qui représentent le coût de la croissance, ne doivent pas venir rogner le profit.
Aussi, il importe de veiller à ce que l’entreprise garde une position financière solide, avec un endettement maîtrisé et une capitalisation adéquate. Il faut notamment un levier réduit, et un profit d’exploitation capable de couvrir largement les charges d’intérêt.
Typiquement, les analyses sont plus complexes concernant la dynamique financière des entreprises en croissance. En effet, outre les changements fréquents de périmètres, il n’est pas toujours facile d’estimer la rentabilité des investissements (externes ou organiques) dans les capacités de production, dont la mesure s’effectue de préférence sur le long terme.
Cette rentabilité peut parfois être immédiate. C’est le cas par exemple de SuperGroup PLC qui assure elle-même le financement de sa croissance et parvient à amortir l’ouverture de ses magasins en moins de deux ans, affichant un ROI de 50%.
Autre exemple : Thor Industries qui finance sa croissance par des acquisitions, dont l’impact sur la génération de cash et le profit se mesure sur l’exercice suivant.
Une autre façon de cibler les opportunités parmi les entreprises en croissance est de retenir celles dont la valorisation est abordable. En effet, le marché est connu pour son caractère imprévisible : les compressions de multiples peuvent être fréquentes, surtout lors de la publication des résultats, et plus particulièrement si ceux-ci se retrouvent en deçà des estimations des analystes.
Le rendement ou les décotes
La méthode du rendement est surtout utilisée par les investisseurs particuliers en quête de rente. Elle consiste à identifier les entreprises cotées qui offrent les meilleurs dividendes, et qui sont en mesure d’augmenter, ou du moins de soutenir, leur distribution sur le long terme.
Il s’agit donc principalement de s’assurer de la continuité du dividende. À cet effet, il est impératif de comprendre l’activité et les développements de l’entreprise, et de vérifier que le profit cash (free cash flow) couvre bien la distribution.
Les entreprises en déclin structurel sont ainsi à éliminer. C’est-à-dire celles à fort endettement ou celles qui rémunèrent leurs actionnaires par émission de nouvelles actions. Il en va de même pour les entreprises dont la comptabilité est difficile à interpréter (celles qui présentent un résultat net irréconciliable avec le cash-flow par exemple).
Dans cette stratégie, le profit cash, qui représente le retraitement des ajustements du besoin en fonds de roulement (BFR) et des investissements dans les immobilisations (capex), demeure le meilleur indicateur, bien avant le bénéfice comptable présenté dans le compte de résultat (celui-ci est souvent faussé par des amortissements, dépréciations et des charges non-cash).
Aussi, il faut savoir que les entreprises qui annoncent une hausse de leur dividende bénéficient toujours d’une revalorisation à la hausse. Celles affichant des positions compétitives, capitalisation et capacités bénéficiaires se rapprochant le mieux de cette configuration sont généralement privilégiées dans les filtres.
Enfin, en ce qui concerne la stratégie des décotes, l’idée est d’identifier les entreprises qui s’échangent sous la valeur de leurs actifs nets, ou à de faibles multiples de leurs profits. Jamais innocentes, de telles décotes sont le plus souvent le fruit d’une conjoncture périlleuse ou d’une actualité défavorable. En la matière, l’investisseur peut adopter une approche purement quantitative ou plus sélective.