Presstalis, la société commerciale de messagerie de presse chargée de distribuer des imprimés à travers un réseau de points de vente, fait face encore une fois à une difficulté financière. En 2017, son déficit de trésorerie s'élève à 37 millions d'euros. L'entreprise est alors obligée de retenir le quart de son chiffre d'affaires.
Presstalis, le principal distributeur de presse rencontre actuellement une importante difficulté financière. Pour un chiffre d’affaires aux environs de 120 millions d’euros, la société commerciale de messagerie a enregistré un déficit de trésorerie estimé à 37 millions d’euros l’année dernière.
Au terme de l’année dernière, Presstalis a été obligé de retenir momentanément le quart de son chiffre d’affaires provenant des ventes. Normalement, cette part aurait dû être versée aux éditeurs jusqu’à la fin de cette année.
D’après les informations collectées auprès de La Correspondance de la presse, les pertes d’exploitations sont estimées à 15 millions d’euros. L’État réagit face à cette situation et délègue des experts pour appuyer la restructuration de la messagerie.
Un « choc industriel »
Face aux problèmes financiers de Presstalis, un des éditeurs, qui détient une facture de 900 000 euros, évoque un « choc industriel » qui remet en question les publications. En plus, il rappelle que l’équilibre de celles-ci est déjà très fragile.
C’est certainement pour cette raison que les éditeurs de publication indépendante et les marchands de journaux décident de se manifester. Pierre Bloch, porte-parole de l’Association pour l’avenir des diffuseurs de presse (AADP) souligne que :
Les premiers n’ont pas de mots assez durs pour critiquer les dysfonctionnements de Presstalis « au niveau de la relation aux clients, du réassort, de la qualité des approvisionnements, de la facturation, des délais de livraison. Les seconds ont menacé fin décembre d’engager des procédures contre Presstalis, accusant les gros éditeurs qui cogèrent la messagerie d’être à l’origine de toutes les difficultés que connaît la filière de distribution de la presse. (…) Nous sommes au bout du bout du système.
Pierre Bloch.
Sur ce même sujet, Louis Dreyfus, le président du directoire du groupe Le Monde, également un des administrateurs de Presstalis ajoute que :
Le fait d’être au pied du mur a l’intérêt de forcer tous les acteurs à ouvrir les yeux et à affronter de concert cet enjeu important. Toute la filière doit travailler ensemble à une solution pour retrouver un modèle pérenne fondé sur le même principe du pluralisme, c’est-à-dire de permettre aux marchands de journaux de vivre et aux petits éditeurs d’être distribués.
Louis Dreyfus.
L’État intervient
À l’heure actuelle, Michèle Benbunan dirige la messagerie depuis la mi-décembre. Depuis sa nomination, elle s’est entretenue avec les représentants de toute la filière et prépare la présentation du plan de « transformation du modèle économique de Presstalis » pour le 15 janvier prochain.
Par ailleurs, l’État va apporter son soutien face à la difficulté financière que rencontre Presstalis. Rappelons que l’État a déjà contribué à la restructuration de l’entreprise lors de sa faillite à fin 2012.
Sur ce point, Gérard Rameix, l’ex-président de l’Autorité des marchés financiers a été chargé d’aider la messagerie dans la recherche de solutions pour ses besoins de trésorerie.
Pour résoudre le même problème, Hélène Bourbouloux, administratrice judiciaire, a été désignée par le tribunal de commerce. D’ailleurs, elle est expérimentée dans les restructurations délicates.
D’après Louis Dreyfus, la messagerie doit revenir sur le vrai fond de son activité :
Presstalis doit se concentrer sur son corps de métier : la distribution de l’imprimé. On note la brusque dégradation des comptes et de la qualité de services à des investissements inopportuns dans des services numériques comme l’application mobile Zeens.
Louis Dreyfus.
Différentes situations sont également tenues responsables de l’accélération des difficultés de la société. On note principalement la crise et les mutations de la presse. Celles-ci ont en effet causé la chute de la vente au numéro, du portage et des abonnements (numériques ou en papier). Ainsi, Pierre Bloch déplore qu’ :
Alors que le système de facturation n’a pas évolué, on nous facture sur les titres que nous mettons en rayon et non sur les ventes réalisées, d’où une course aux volumes des éditeurs qui veulent aussi être désormais vendus dans les supérettes.
Pierre Bloch.