L’enseigne de jouets La Grande Récré aurait mis la clé sous la porte, au grand désarroi de ses milliers de salariés. Étant à court de trésorerie en février dernier, suite à son résultat désastreux durant la période de Noël, elle a demandé un redressement judiciaire auprès du tribunal de Commerce de Paris. Un sursis de quelques mois, mais qui conduira certainement à un changement de main.
La Grande Récré, un géant de la distribution de jouets en France, détient un réseau de 252 points de vente et de 164 succursales. L’an dernier, elle a été une victime, parmi tant d’autres, de l’essor du commerce en ligne. La forte promotion des magasins, l’engouement des consommateurs vers les ventes sur Internet et les achats tardifs durant les fêtes de Noël ont impacté fortement sur les recettes du groupe.
Endettés d’une centaine de millions d’euros, ses dirigeants ont dû fermer boutique, et placer l’enseigne sous la protection du tribunal de Commerce à Paris. D’autant plus que ses banquiers lui ont refusé tout soutien financier.
Le groupe Ludendo, victime de l’affluence des achats en ligne
À l’ère du digital, le commerce en ligne est devenu très plébiscité par les consommateurs. À cause de ce changement de comportement d’achat, les vendeurs traditionnels sont progressivement délaissés, ce qui peut engendrer des pertes considérables.
Parmi ces « victimes », figure La Grande Récré, 2ème distributeur de jouets dans l’Hexagone, qui n’a pu atteindre son objectif de vente durant l’exercice 2017. L’enseigne n’a réalisé que 3,4 milliards d’euros, avec une régression de 0,8%, alors que son chiffre d’affaires était à 460 millions d’euros à fin février 2017.
Outre la concurrence agressive des acteurs en ligne, dont Amazon est le leader, un vendeur de jouets outre-Atlantique, Toys’R’Us a attiré bon nombre d’acheteurs. En effet, placée sous la protection de la justice américaine pour cause de faillite, cette grande chaîne a dû baisser considérablement le prix de ses articles pour se maintenir à flot.
Les fêtes de fin d’année ont, de ce fait, été marquantes pour La Grande Récré, qui a vu ses recettes reculer de 5,6%. Ses dirigeants déclarent d’ailleurs que :
Le marché du jouet a connu l’année dernière une contre-performance notable qui a eu un impact fort sur la trésorerie du groupe.
N’ayant pu respecter les engagements qu’il a pris auprès de ses créanciers, le groupe a perdu son soutien. C’est la raison pour laquelle il a subi le refus de financement de ses banquiers, pour une ligne de crédit de 75 millions d’euros. Une note adressée à ses 1 600 salariés a été relevée par le quotidien Figaro :
Inattendue et imprévisible, la baisse du chiffre d'affaires a eu pour conséquence la dégradation de la situation de trésorerie, que des négociations avec les partenaires financiers n'ont pas permis de solutionner.
Un changement de main pour assurer la continuité de l’activité
Pour pouvoir tenir, le groupe Ludendo qui détient la plus grande part de La Grande Récré a déjà mis en œuvre des plans d’économie en 2015. En plus de la cession de sa filiale britannique, il a dû clôturer près de 50 magasins déficitaires, mettre 40 autres en franchisés, et supprimer une centaine de postes. Ces actions n’ont pas toutefois suffi, car l’établissement détient 105 millions d’euros de dette.
À cause de son fort besoin en trésorerie, le distributeur de jouets a mis la clé sous la porte en février dernier. Par ailleurs, il a demandé à être placé en redressement judiciaire, selon Figaro. Ses dirigeants expliquent que :
Cette procédure permettra au groupe d’affronter ses difficultés temporaires, assuraient les dirigeants. Nous allons tout mettre en œuvre, avec l’aide de deux administrateurs judiciaires, afin que le groupe, dont le résultat opérationnel reste positif, puisse adapter son financement à son plan de marche opérationnel pendant la période d'observation de six mois qui devrait s'ouvrir.
Jean-Michel Grunberg, le Président directeur général de Ludendo a déclaré, en décembre 2017, que le groupe cherche un nouvel actionnaire majoritaire. Le tribunal de Commerce de Paris devrait d’ailleurs recevoir, très prochainement, une demande de placement. Si le redressement judiciaire permet au distributeur de jouets de profiter de quelques mois de sursis, un changement de main parait inévitable pour son avenir.