
Avec cette crise à la fois sanitaire et économique, force est de constater que le secteur entrepreneurial tricolore traverse l’une des plus mauvaises passes de son histoire. Une situation se manifestant à travers des problèmes financiers qui se font essentiellement remarquer dans la montée en puissance des retards de paiement auprès des entreprises.
Le cabinet ARC et l'IFOP (Institut français d'opinion publique) ont récemment rendu publics les résultats de leurs études dans le cadre de la 10ème édition de leur baromètre sur les délais de paiement des entreprises pour la période d’exercice de 2020.
L’occasion pour ces experts de démontrer, avec preuves à l’appui, que depuis le début de la crise, la tendance s’est renforcée d’une manière considérable en matière de retards.
Une situation des plus préoccupante qu’entrepreneurs et pouvoirs publics aimeraient bien voir se résoudre au plus vite sachant qu’il s’agit là d’une menace réelle pour la majorité des structures, mais également pour l’économie.
Des remèdes sont envisagés
Les retards de paiement sont un fléau pour l'économie, ils mettent en danger la pérennité de certaines structures.
Kérine Tran
C’est en cette phrase que Kérine Tran, directrice juridique d’ARC résume les conséquences de la montée en force des retards de paiement constatée dernièrement auprès des entreprises tricolores qui peinent d’ailleurs à répondre à leur besoin de trésorerie faute de liquidités suffisantes. Une menace majeure qui doit être éliminée selon les répondants à ce baromètre qui sont bien nombreux à proposer différentes solutions pour y remédier dont :
- 71% pour la dématérialisation des factures entre entreprises privées ;
- 42% pour l'utilisation de l'intelligence artificielle pour optimiser le crédit management ;
- 40% pour une réduction du délai maximal de paiement de 60 à 30 jours ;
- 70% pour faire des délais de paiements clients/fournisseurs une donnée obligatoire du rapport RSE ;
- 84% pour la création d'une notation délais de paiement.
Concernant ce dernier point, les auteurs de cette enquête ont jugé utile de préciser que les pouvoirs publics y sont favorables. Ce, en tenant en compte l’avis de Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance faisant valoir que :
Il est favorable sur le principe, mais lorsque le calme sera revenu.
Bruno Le Maire.
Et d’ajouter qu’en attendant :
Le gouvernement s'est engagé à poursuivre les interventions sur le sujet des retards de paiement, secteur par secteur, avec la mise en place de médiations.
Bruno Le Maire.
Les grands groupes font figure d’exceptions
Selon Kérine Tran :
Sur les 45 amendes infligées par la DGCCRF ces derniers mois pour des retards de paiement interentreprises, 89% concernent des TPE, PME et ETI.
Kérine Tran.
Tout cela pour dire que dans ce domaine, les grands groupes font figure d’exceptions étant donné que par rapport en 2019, ils sont les seuls à enregistrer un léger recul dans ce domaine en passant de 8,9 à 8,1 jours en 2020. Ce qui est loin d’être le cas pour les autres affichant une moyenne de 10 jours l’année dernière pour l’élever à 18,6 jours (20,4% chez les PME). À un responsable de chez ARC d’ajouter :
Ces chiffres traduisent ce qu'ont vécu les entreprises ces derniers mois avec l’activité totalement à l'arrêt pour certains secteurs, le blocage volontaire des factures malgré l'accès aux PGE et les services administratifs à réorganiser en télétravail.
Des retards qui s’expliquent également à travers différents éléments selon les entrepreneurs mettant en avant :
- La détérioration de la trésorerie de leurs clients (32%) ;
- Le blocage délibéré des factures (24%) ;
- Le processus de validation trop long (22%).