des professionnels en réunion

Le prêt garanti par l’État a sauvé des milliers d’entreprises de fâcheuses situations au printemps et à l’automne. Plusieurs économistes et analystes s’inquiètent toutefois des conséquences néfastes de ce financement à grande échelle, qu’ils considèrent comme une arme à double tranchant et une bombe à retardement. Ni les banques ni les emprunteurs ne seraient à l’abri des risques liés à ce système.

Entre mars et mi-novembre, les banques françaises ont distribué 125,5 milliards euros de PGE aux entreprises au titre de l’aide gouvernemental contre le Covid-19. L’État se porte garant de 90 % du montant octroyé à l’emprunteur, si ce dernier emploie moins de 5000 salariés ou fait un chiffre d’affaires annuel de moins de 1,5 milliard d’euros.

La garantie est plafonnée à 70 ou 80 % pour les grandes compagnies. Ce mécanisme, largement suivi par les établissements bancaires, a permis aux entrepreneurs et dirigeants de société de financer leur besoin de trésorerie durant la crise ou se constituer une réserve de cash en prévision des jours plus sombres.

Un risque financier élevé pour l’État

Avant le Covid-19, les banques se sont quelque peu désintéressées du crédit professionnel, qui représentait à peine 30 % de leur actif. Depuis la mise en place du PGE, ces institutions ont renoué avec cette activité.

Pour Jézabel Couppey-Soubeyran, cela pose problème puisque les banques semblent gagnantes à tous les coups : non seulement elles se repositionnent dans un secteur censé être leur cœur de métier, elles supportent également une faible part du risque, dont 90 % sont transférés à l’État.

La maîtresse de conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne souligne le déséquilibre manifeste de ce système, d’autant plus que les risques de défauts de paiement sont bel et bien réels. Elle attire aussi l’attention sur les entreprises zombies, des structures déjà en difficulté avant la crise sanitaire, qui ont quand même décroché un PGE.

Avec le PGE, le nombre de ces structures, qui ne produisent pas assez de plus-values et qui s’endettent inutilement pour survivre, risque d’exploser. Et celles qui ont bénéficié d’un prêt aidé verront leur endettement s’alourdir et leurs capacités de remboursement s’amenuiser.

Se servir du PGE pour préparer l’après-crise

Les derniers chiffres sur la production de PGE montrent un redoublement de vigilance chez les banques. Au 13 novembre, seules 8,5 % des entreprises ayant contracté ce prêt obtiennent une note de solvabilité « correcte » ou « excellente », alors que ce taux était de 9,6 % en août.

Même si cette dégradation peut être liée à un effet volume, en lien avec la distribution tardive de l’aide par certains créanciers, elle témoigne de la prudence affichée par les banquiers.

Frédéric Guyonnet, président du syndicat bancaire SNB CFE-CGC, abonde d’ailleurs dans ce sens, en rappelant que les banques supportent encore 10 % du risque.

Robert Lambert, conseiller en stratégie d’entreprises, préfère sensibiliser tout le monde sur le caractère illusoire du cash apporté par le PGE. Dans un contexte économique incertain, même les compagnies saines peuvent subir les contrecoups de la crise sanitaire, dont les effets perdureront jusqu’en 2022.

Grâce à la trésorerie du PGE, ces difficultés n’apparaîtront que tardivement, lorsque les entrepreneurs auront du mal à assumer les charges et les salaires à cause d’une reprise trop lente. Pour y remédier, cet expert recommande aux entreprises d’affecter le PGE à l’adaptation de leur activité au marché d’après-crise.