
Depuis 2017, les garagistes et entreprises de réparation automobile ont l’obligation d’offrir à leur clientèle la possibilité de choisir une pièce de rechange de seconde main. Cette initiative, censée promouvoir l’économie circulaire et lutter contre le gaspillage, n’a pas rencontré le succès escompté, à cause d’un manque d’implication des assureurs et des garagistes.
Ces dernières années, on constate une prise de conscience générale des consommateurs français en matière de préservation de l’environnement et de gestion intelligente et durable des ressources naturelles. Cette sensibilisation modifie un pan entier de leurs comportements d’achat, en favorisant les produits bio et les articles issus de l’économie solidaire et sociale. Dans le secteur automobile, l’obligation de proposer une pièce de rechange d’occasion était vue comme un moyen de profiter et de soutenir cet attrait pour la filière circulaire. Le bilan reste toutefois mitigé, si l’on se réfère aux statistiques de la carrosserie. Les assureurs ne seraient pas étrangers à cet échec, selon la SRA.
L’échec des pièces de seconde main en carrosserie
Au regard des chiffres publiés par le SRA, les réparateurs de voiture de société et d’automobiles de particuliers ne se conforment pas vraiment à leur obligation de proposer des pièces de rechange de seconde main à leurs clients. En 2020, seulement 3 % des pièces remplacées en carrosserie appartiennent à cette catégorie. Certes, une légère progression est constatée par rapport aux deux années précédentes, où la partie de ces pièces de seconde main s’élève à :
- 2,9 % (2019) ;
- 2,7 % (2018 et 2017).
Leur très faible pénétration soulève néanmoins des questions sur les pratiques des réparateurs et, surtout, des assureurs. En effet, toujours selon les chiffres de Sécurité et réparation automobile, la majorité des réparations, que ce soit en entreprise ou chez les particuliers, est réglée directement par l’assurance.
C’est donc la compagnie d’assurance qui choisit la pièce de rechange à la place du conducteur et elle opte rarement pour des produits de seconde main, si l’on se fie aux statistiques du secteur de la carrosserie. Cette réticence ne participe pas vraiment à l’objectif de la loi de 2017, qui impose aux réparateurs et garagistes de proposer des pièces de rechange d’occasion à leurs clients. Les assureurs pourraient pourtant profiter de cette mesure pour réduire les frais de réparation – les articles de seconde main étant par nature moins chers – et limiter les hausses de primes sur leurs contrats.
Des efforts supplémentaires pour l’économie circulaire
Si le choix des assureurs peut surprendre, on est aussi en droit de s’interroger sur les pratiques des réparateurs et des garagistes. Les rapports reçus par le SRA montrent que ces professionnels oublient souvent de proposer ouvertement les pièces de rechange d’occasion aux automobilistes. Ces derniers, mis dans l’ignorance, se tournent donc souvent vers les composants neufs, au demeurant plus chers et plus sûrs.
Certes, les recommandations des réparateurs se comprennent aisément pour les pièces qui jouent un rôle essentiel sur la sécurité du véhicule. Leur « oubli » reste cependant discutable lorsqu’il s’agit des composants à visée décorative… comme les éléments de la carrosserie. Le législateur et les pouvoirs publics doivent donc redoubler d’efforts pour démontrer l’intérêt de ces composants d’occasion auprès des conducteurs et des assureurs.