femme libraire durant la pandémie covid

Des semaines de fermetures administratives, de confinements et de couvre-feux, tous les ingrédients étaient réunis pour laisser croire qu’en tant que commerce non essentiel, les librairies indépendantes vivront l’enfer sur terre face à la crise sanitaire. Mais les derniers bilans démontrent qu’elles ont eu le dessus sur cet adversaire particulièrement coriace.

Comme l’ensemble des entreprises, les librairies indépendantes ont également bénéficié des aides de l’État pour financer leur besoin de trésorerie face à la baisse de revenus engendrée par la crise sanitaire mettant au ralenti ou à l’arrêt leur activité.

Et puisque cette filière est rangée dans la catégorie des commerces non essentiels, tout portait à croire qu’elle sera également dans la liste des plus impactées par les conséquences de cette situation particulièrement difficile.

Mais il faut dire que ce n’était que pure spéculation puisque les professionnels du domaine ont bien fait de déjouer les pronostics en faisant preuve d’une résilience particulière.

Les pronostics déjoués

Subissant directement les impacts des différentes mesures de restrictions destinées à maintenir la propagation du coronavirus, les librairies indépendantes étaient certes vouées à vivre la pire des supplices. Conscients de la gravité de la situation, les professionnels du domaine s’attendaient même à une chute drastique de leur activité si l’on croit Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française (SLF) rappelant que :

En début de crise, nous avions anticipé un effondrement de 20 à 25%.

Ce qui ne fut évidemment pas le cas puisqu’au final, le SLF a enregistré une légère baisse de 3,3% sur la période de 2020 par rapport à la saison précédente. Une excellente nouvelle selon ce responsable ajoutant que :

C’est d’autant plus exceptionnel que le marché du livre est en général très stable, ce n’est pas du tout un secteur cyclique.

Et ce n’est pas faute de le croire puisque ce maintien de l’activité a bien fait de se renforcer entre janvier et mai 2021 en affichant une croissance de 23% une fois comparée à la performance enregistrée en 2019. À Olivier Rouard, président du groupement Libraires ensemble de préciser :

Globalement, tous nos adhérents vivent cet état, plus les entreprises sont petites, plus elles ont progressé.

Olivier Rouard

Cette résistance s’est ainsi particulièrement manifestée auprès des petites librairies de moins de 300 000 euros de chiffre d’affaires annuel enregistrant un accroissement de 14,8% en 2020 contre une baisse de 9% pour les plus de 4 millions d’euros.

Plutôt allié qu’ennemi

À vue d’œil, la crise sanitaire était considérée comme un ennemi pour les librairies indépendantes. Mais les acteurs du métier s’accordent à dire que c’est plutôt un allié. En ce sens, Guillaume Husson ne s’est d’ailleurs pas retenu pour dire que :

La crise a joué en notre faveur, elle a mis notre secteur sous les feux des projecteurs, mais la librairie est fragile, c’est le commerce le moins rentable.

Guillaume Husson

Pour illustrer, cet homme à la tête du SLF a même précisé que :

Généralement, les ventes sur le site Internet représentaient 2 à 3% du chiffre d’affaires du libraire, on est aujourd’hui entre 6 et 7%.

Guillaume Husson

Ainsi, le recours à la digitalisation a été d’une aide précieuse pour les libraires y trouvant un refuge, alors que la crise était au plus de sa forme. Ce qui explique en partie la croissance des activités constatée depuis janvier 2021 selon M. Husson remarquant que :

Non seulement nos clients habituels ont plus lu, mais ceux qui achetaient sur les plateformes en ligne sont venus chez nous.

Guillaume Husson

Une tendance de fond selon ce professionnel ajoutant la part jouée par le récent dispositif fixant un prix plancher sur les frais de port pour réduire les distorsions de concurrence avec les géants de l’e-commerce.