
Pendant une crise économique majeure, les entreprises retardent le paiement de leurs factures, par réflexe ou par peur de manquer de liquidités. Cette logique s’est vérifiée en 2020, au plus fort de la pandémie, avant une légère amélioration en début d’année. Les derniers chiffres d’avril font toutefois apparaître une nouvelle envolée des impayés.
La crise sanitaire de l’année dernière n’est pas encore terminée. Malgré l’avancée de la campagne de vaccination, personne n’est vraiment en mesure de prévoir la fin de l’épidémie – et des incertitudes que cela fait peser sur l’économie. Cette absence de visibilité, sans doute combinée à un nouveau ralentissement provoqué par le troisième confinement, affecte de nouveau les délais de paiement des entreprises.
Le tracker Sidetrade-BFM fait état d’une légère dégradation sur ce front, alors que le médiateur des entreprises avait exhorté tout le monde à honorer leurs factures dans les délais impartis cette année. Le coût de ces retards sur leur trésorerie est énorme.
La France comme dauphin des retards de paiement en Europe
Les facilités de paiement et autres étalements des achats représentent une petite partie du crédit professionnel inter-entreprise. Toute perturbation dans le paiement de ces factures bouleverse forcément l’équilibre financier des fournisseurs et des prestataires. Ces retards constituent de fait un bon indicateur de la santé financière des entreprises et cela explique la mise en œuvre du tracker Sidetrade-BFM Business. Cet indice suit l’évolution des paiements de leurs factures par des millions d’entreprises aux Pays-Bas, au Royaume-Uni ainsi qu’en :
- Belgique ;
- Italie ;
- Espagne ;
- France.
Depuis janvier 2020, les deux partenaires ont décortiqué plus de 26 millions de factures d’une valeur supérieure à 54 milliards d’euros. Sur la base des informations du tracker, la situation financière des entreprises s’est de nouveau dégradée en avril.
Les retards de paiement se sont envolés de plus de trois points en une semaine à peine. En date du 19 avril, plus de 179 milliards d’euros de factures sont en souffrance dans l’Hexagone. Seule la Belgique fait pire que la France sur la question des impayés inter-entreprise. Dans le détail, le secteur de l’enseignement et du service public semble le plus touché par la dégradation. Les impayés dans ce domaine concernent 19 % des factures début mars, avant de toucher 37 % des contrats début avril. Ce ratio redescend à 29 % au 19 avril. L’agroalimentaire affiche une courbe résolument différente : de 49 % en mars, le taux d’impayés tombe à 22 % au 19 avril.
Un nouveau pic après celui de septembre 2020
Le tracker Sidetrade-BFM Business du 19 avril marque un nouveau sommet, après celui du 20 septembre 2020. Les impayés touchent à cette date 25 % des factures BtoB, soit trois points de plus en une semaine. L’impact de ce sursaut sur la trésorerie des sociétés est évalué à 19 milliards d’euros.
Ce chiffre monte à 42 milliards d’euros si l’on considère la valeur du crédit inter-entreprises en France. Devant l’ampleur des dégâts, Pierre Pelouzet, médiateur des entreprises, a appelé tous les acteurs économiques en début d’année à respecter les délais de paiement de leurs factures BtoB.